Après bon nombre de pages blanches froissées, les mots commencent doucement à estomper le texte. Une phrase donne le ton, une ponctuation encourage le geste, une idée ancre la trame, un souvenir s’approche, trois lignes sont écrites.
Vous l’avez bien compris, je suis en panne d’émotions, celles qui déclenchent l’envie de s’exprimer.
Impuissant devant cet arrêt de mémoire, je laisse passer la nuit et souhaite aux « aventuriers » de la Sainte Baume des songes merveilleux exempts de courbatures.
Bonjour les amis, la nuit fut câline et le réveil douloureux. Les muscles me font mal, les os me font mal, la tête me fait mal. Je ne marcherai plus.. !
Dimanche, ciel gris et froid immense encouragent G., responsable de balade au cœur de glace à me pousser hors de la couette pour vivre l’aventure.
Comprenez donc mon amertume et mon esprit chagrin tout au long de ces lignes.
Comment d’ailleurs, rester impassible devant le courage de certains, qui bravent la froidure et le temps incertain en laissant au repos compagnes ou compagnons ?
Je salue volontiers le courage de Ch.qui le nez ruisselant et les yeux larmoyants vient se griser d’espace alors que son G., notre impassible G., prolonge sans regret et sans honte avouée sa langoureuse nuit.
Je l’imagine ainsi, dans son cocon douillet, les jambes en crochet et les bras repliés, cachant sous l’oreiller un sourire satisfait.
Qu’en pense le grand M. qui expose ses bouclettes au givre matinal ? Il laisse sa « Pupuce » naviguer en douceur sur son lit aquatique ( pour la pub, voir l’intéressé).
Que dire de Ch., qui abandonne E. souffrant et se plaignant d’insomnies pantouflardes. Je dirai simplement ta présence nous honore !
Et R. tristounet de ne pouvoir aussi encourager son double qui souffre sérieusement. J., tu nous prêtes ton « Jules » et nous t’en remercions.
Blottie dans sa vallée, dans un écrin de brumes, parsemée de jardins, Riboux s’éveille. Le dépaysement est assuré. Ce petit groupe de maisons fut la plus petite commune du Var avec ses six habitants en 1982 et certainement de la France.
Nous voici au départ non sans attendre quelques instants, notre ami K. qui, accro de café, rebrousse le chemin pour satisfaire ce manque. Le voici épinglé.
La journée s’annonce belle. Il y a des signes qui ne trompent pas… L’esprit bon enfant, le ciel qui s’éclaircit, la nature accueillante, le souffle de liberté.
Regardez là à droite, ces crêtes qui nous observent ! Nous allons de ce pas en caresser l’échine.
De sous bois en balcons, de plateaux en lapiaz, le sentier nous entraîne. La colonne enjouée musarde, communique, découvre de nouveaux visages, progresse dans cette nature où la flore endormie vit son dernier repos hivernal.
La barre se rapproche. La Sainte Baume, massif majestueux qui culmine à plus de 1000m, s’étend d’est en ouest sur plus de 12 kilomètres en notre basse Provence. Masse de calcaire au relief tourmenté, ce grand vaisseau blanc sur fond d’azur impose sa silhouette et semble nous appeler.
Profitant de la magie du lieu et de l’euphorie passagère du groupe, notre guide propose un chemin différent qui allonge la distance et réduit la montée.
Le relief s’accentue et tandis que D.l joue à cache-cache, la troupe s’effiloche, les écarts se dévoilent mais tous, essoufflés, curieusement, ne cessent de parler.
Vaguement oppressés, de roche en roche, nous gravissons la sente. Entraîné par Roxy (chien fada de 55 kg qui refuse de marcher si d’aventure, G. s’éloigne de moi.), je me retrouve dans un groupe de tête prés du pic de Bertagne. Décor extraordinaire pour y dresser la Sainte Table, paisible dans son encadrement de pierres, cette clairière au tapis d’herbes sèches nous y invite.
Quelques uns, alertes, le sourire en virgule, posent leurs sacs et apprécient l’instant. D’autres, la mine déconfite, le souffle court, les mains sur les hanches, pliés par l’effort se sont tus.
Rapidement, soulagé d’un fardeau, le souffle reprend son lit, chacun trouve sa place.
Dans le respect des traditions, les produits du terroir, circulent abondamment. Le pastis désaltère, la mayonnaise viet namienne enflamme le gosier, les navettes adoucissent le palais, les chocolats flattent nos papilles, le vin cimente l’amitié et la prune exalte nos cœurs.
Mais l’instant d’abondance, éphémère moment de luxure, cède la place à la triste réalité. La distance à parcourir reste égale à celle parcourue.
En quelques enjambées, le toit du monde est foulé (Notre toit du monde, celui qui domine la Provence). La mer au sud dans la brume, plus loin encore, la Sainte Victoire, le Mont Ventoux au Nord-Ouest, les Alpes au Nord-Est, rien n’arrête le regard glissant vers l’infini.
R., seulette en cette journée, scrute l’horizon à se rompre l’iris et tente d’apercevoir son marin adoré qui vogue à l’instant sur une mer déchaînée.
Le plateau désert au sol ciselé, ralentit la colonne. « A nos pieds, des à-pics de plus de 300 mètres dévoilent un océan peuplé de chênes, hêtres, cèdres, ifs, érables, sycomores et tilleuls. Haut lieu de pèlerinage depuis le XII ème siècle voué au culte de Marie Madeleine sainte patronne de la Provence. Bon nombre de visiteurs célèbres s’y sont succédé de Louis IX dit « Saint louis » à Mazarin, en passant par Louis XIV et Anne d’Autriche…. ».
Perchés sur cette île dans le ciel, aventuriers de la sainte Baume, nous progressons par nécessité, oubliant fatigue et rageant en silence sur ce si long parcours.
Un ciel sombre s’avance, le froid reprend son droit. Il devient impérieux de rejoindre Riboux tout au fond du vallon.
Le guide, sourire aux lèvres, cache son inquiétude et libère son stress à la vue du sentier. Un instant de repos récompense nos marcheurs avant la grande descente.
Plus de conciliabules, plus d’éclats de voix dont H. détient le secret. Chacun replié sur sa quête personnelle, dans le silence du sous-bois se rapproche du but.
Très à l’aise, Ch. ouvre la marche et pense au lendemain. Le réveil sera dur. Ch.(la seconde) allonge le pas et laisse au firmament le reste de la troupe.
Au détour de la route, dans un clair obscur irisé de fumées, le hameaux apparaît dans son décor ouaté. Déjà les lampes s’allument. Nous voici arrivés.
M. du couchant, dans sa grande sagesse (In Challa.. !), remercie notre guide pour cette dure journée. Je traduis sa pensée : « Nous avons souffert, mais notre cœur a chanté.. ! »
S’il fallait ponctuer ce dimanche d’un trait exceptionnel, je saluerai simplement la présence féminine pour sa détermination dans cette rude aventure.
Si vous me permettez, j’ajouterai deux phrases pour notre amie C.qui bientôt quittera la métropole pour se rendre en Nouvelle Calédonie enseigner.
« En pleine forme, tu as survolé la balade, c’est en soi une victoire. »
« Nous te laissons partir, mais nous te prions de revenir.»
J’ai lu dernièrement ces quelques mots :
« Va libre et joyeuse ! Ne te charge pas des émotions des autres… »
A bientôt et grosses bises de l’équipe.
Manu